lunes, 4 de marzo de 2013

IWAN GILKIN [9347]




IWAN GILKIN    (1858-1924)

Nacido en Bruselas, en 1858, estudió derecho en Lovania. Pronto se consagró a la literatura. En 1897 publicó su mejor poemario, La noche, donde se percibe el fuerte influjo de Baudelaire. Su siguiente colección de poemas, aparecida dos años después con el título de El cerezo, muestra una nueva orientación, menos pesimista y más vivaz. Hasta la publicación de su drama lírico Prometeo, por el formalismo de sus versos, persevera como un poeta parnasiano (¡discutible!); más tarde adopta una mayor libertad en el tratamiento del verso tradicional. Escribió dos dramas en prosa: Savonarola y Los estudiantes rusos.

Todos los poemas aquí recogidos están sacados de La nuit. El último, el titulado "Amor de hospital" es objeto de un comentario de Mario Praz. Desde luego, parece dar la tónica del pesimismo fundamental que palpita en ese libro, donde la colección de horrores y la influencia de Baudelaire se han hecho metódicas, como en Rollinat. Pero me parece que estos poemas de Gilkin poseen mucha más fuerza que los del francés... Quizás haya que calificar a Gilkin (a la vista de la única fotografía que he visto de él, al contrario que la de Rollinat, que cultivaba su malditismo hasta en la pose), como lo hiciera Mario Praz refiriéndose a Remy de Gourmont, considerándolo como "otro de esos escritores de página lasciva y vida proba tan típicos del decadentismo" [pág. 681].



Traducción y nota de Pedro José Vizoso






LE MENSONGE

J'ai creusé mon cachot dans le mensonge épais,
impénètrable et sombre, où, geôlier de moi-même,
Je m'enferme à l'abri même, de ceux que j'aime,
Plus seul quand j'ai parlé qu'aux temps où je me tais.

Ma parole est un mur sans porte ni fenêtre
qui monte autour de moi, dur, puissant et massif,
avec maint bas-relief gai, trompeur et lascif:
Et nul oeil curieux jusqu'à moi ne pénètre.

Seul, je me connais. Seul, je sais ce que je suis.
Seul, j'allume ma lampe en mes sinistres nuits.
Et, seul, je me contemple et, seul, je me possède.

Je me couche, comme un chartreux, dans mon linceul,
Et, loin de tout désir qui me flatte et m'obsède,
Je goûte, comme Dieu, le néant d'être seul.







LA MENTIRA

He cavado mi ergástula en la enorme mentira,
oscura e impenetrable, do guardián de mí mismo,
me he encerrado al abrigo hasta de quienes quiero,
aún más solo al hablar que en los ratos que callo.
  
Mi palabra es un muro sin puertas ni ventanas
que de mí se alza en torno, duro, fuerte, macizo,
con jocosos tallados, equívocos, lascivos:
ningún ojo curioso hasta mí ha penetrado.

Solo, al fin me conozco. Sé quién soy, si estoy solo.
Solo, enciendo mi lámpara en mis noches aciagas.
y, solo, me contemplo, y me tengo a mí mismo.
  
Tal cartujo me tiendo en mi propia mortaja,
y ajeno a esas pasiones que nos pasman y angustian
como Dios saboreo la nada de estar solo.







SYMBOLE

Voici qu'à l'horizon coule un fleuve de sang. 
De sa pourpre lugubre et splendide il inonde, 
Sous les cieux consternés, l'orbe muet du monde, 
Où l'horreur d'un grand meurtre invisible descend.

Ainsi qu'au lendemain des épiques désastres 
Pour les princes vaincus on drape l'échafaud, 
La Nuit, sur le zénith, debout comme un héraut, 
Étend l'obscurité de son deuil larmé d'astres.

Exsangue et phosphoreuse, ô tête dont la chair 
A gardé la pâleur et le froid de l'épée,
Lumineusement roule une lune coupée 
Dans le silence noir et le terreur de l'air.

Rien ne s'anéantit. Tout ce qui fut, persiste. 
Les crimes d'ici-bas renaissent dans les cieux.
Ce soir, dans le palais aérien des dieux, 
Hérodiade a fait décoller Jean Baptiste.







SÍMBOLO

Mirad el horizonte: fluye un río de sangre.
Con su púrpura aciaga y espléndida sumerge
bajo cielos de angustia al mudo orbe del mundo,
donde el horror se posa de un gran crimen oculto.

Igual que al otro día de una inmensa derrota
se guarnece el cadalso de los vencidos príncipes,
la Noche, en el cenit, tiende como un heraldo
su pabellón de luto lagrimado de estrellas.

Exánime y fosfórica -oh cabeza que guardas
en tu carne lo pálido y lo frío de la espada-,
rueda resplandeciente luna decapitada
por el negro silencio y el terror del espacio.

Nada desaparece. Cuanto ha sido, ahora es.
Nuestros crímenes vuelven a ocurrir en los cielos.
Esta noche, en el templo sideral de los dioses
ha mandado Herodías degollar al Bautista.








LA CAPITALE

L'énorme capitale est un fruit douloureux. 
Son écorce effondrée et ses pulpes trop mûres 
Teignent opulemment leurs riches pourritures 
D'ors verts, de violets, et de roux phosphoreux.

Lâchant un jus épais, douceâtre et cancéreux, 
Ses spongieuses chairs fondent sous les morsures, 
Et ses poisons pensifs font germer les luxures 
Et les péchés malsains dans les cerveaux fiévreux.

Tel est son goût exquis, tel son piment bizarre,
-Gingembre macéré dans un élixir rare,-
Que j'y plongeai mes dents avec avidité.

J'ai mangé du vertige et bu de la folie. 
Et c'est pourquoi je traîne un corps débilité 
Où ma jeunesse meurt dans ma  force abolie.








LA CAPITAL

La inmensa capital es un fruto doliente.
Su corteza marchita y sus pulpas ajadas
tiñen lujosamente sus ricas podredumbres
de oros verdes, violetas, y de rojos fosfóricos.

Soltando un denso néctar, dulzón y cancerado,
sus esponjosas carnes al morderse se funden,
y sus mentales pócimas generan la lujuria
y los vicios malsanos en las mentes más férvidas.

Mas su sabor es tan exquisito y exótico,
-jenjibre macerado en un raro elixir-
que hundí mis dientes ávidos en su pulpa de muerte

y comí de su vértigo y bebí su locura.
Por eso arrastro ahora este cuerpo sin fuerza
en que mi juventud vive muerta y proscrita.








LE MAUVAIS JARDINIER

Dans les jardins d'hiver des fleuristes bizarres 
Sèment furtivement des végétaux haineux, 
Dont les tiges bientôt grouillent comme les nœuds 
Des serpents assoupis aux bords boueux des mares.

Leurs redoutables fleurs, magnifiques et rares, 
Où coulent de très lourds parfums vertigineux, 
Ouvrent avec orgueil leurs vases vénéneux. 
La mort s'épanouit dans leurs splendeurs barbares.

Leurs somptueux bouquets détruisent la santé 
Et c'est pour en avoir trop aimé la beauté 
Qu'on voit dans les palais languir les blanches reines.

Et moi, je vous ressemble, ô jardiniers pervers! 
Dans les cerveaux hâtifs où j'ai jeté mes graines, 
Je regarde fleurir les poisons de mes vers.







EL MAL JARDINERO

En jardines de invierno muy extrañas floristas
van, furtivas, sembrando abominables plantas
cuyos tallos muy pronto pululan como nidos
de esas sierpes que duermen en un lodo de ciénagas.

Esas flores temibles, magníficas y raras,
que propagan pesados perfumes que dan vértigo,
con orgullo despliegan sus venenosos cálices
y la muerte florece en su atroz esplendor.
  
Sus suntuosos ramos destruyen la salud
y por haber amado demasiado a lo Bello
vemos que en los palacios se ajan reinas muy blancas.

¡Soy igual a vosotros, jardineros infames!
En las precoces frentes donde eché mis semillas
miro yo de mis versos florecer el veneno.









AMOUR D'HÔPITAL

Ô Reine des douleurs, qui rayonnes de sang
comme un rubis royal jette une flamme rouge,
le forceps, qui t'a mise au monde dans un bouge,
d'un signe obscène doit t'avoir marquée au flanc.

Dans ton œil, où voyage un reflet satanique,
le meurtre se tapit sous un velours de feu,
ainsi qu'au fond d'un ciel amoureusement bleu
dans les vents parfumés flotte un mal ironique.

Tu t'es faite, ô ma sœur, gardienne à l'hôpital,
pour mieux repaître tes regards d'oiseau de proie
du spectacle écœurant, cruel et plein de joie
de la chair qui se fend sur le couteau brutal.

Dans le grouillis rougeâtre et gluant des viscères,
des muscles découpés, des tendons mis à nu,
des nerfs, où vibre encore un vouloir inconnu,
des glandes qu'on incise et des flasques artères,

tu plonges tes deux bras polis, avidement,
tandis qu'erre un divin sourire sur tes lèvres,
et que sur son chevet, où bondissent les fièvres
le moribond t'appelle et parle doucement.

Car ton visage, pur comme un marbre, te donne,
sous ta coiffe de toile et ton noir chaperon,
ô vierge au bistouri, vierge au cœur de huron,
le resplendissement d'une madone.

Sur ton sein, les stylets, les pinces, les ciseaux,
la spatule, la scie équivoque et les sondes,
bijoux terrifiants et breloques immondes,
comme un bouquet d'acier étoilent leurs faisceaux.

Tes doigts fins, à tremper dans les pus et les plaies,
en ont pris le tranchant affilé des scalpels;
et l'odeur de ton corps suave a des rappels
de putréfactions rances, dont tu t'égaies.

Car ton âme de monstre est folle des gaîtés
cocasses de la couche où le mourant se cabre
dans les convulsions de la danse macabre,
et la mort a pour toi d'hilarantes beautés.

Qui nous expliquera ta funèbre hystérie,
pauvre femme, produit de ce siècle empesté?
On dit que ton baiser trouble la volonté
et communie aux os une lente carie.

Mais de ton mâle cœur monte un puissant amour.
Comme un vin orgueilleux, plein de rouges prestiges,
sa riche odeur de sang évoque les vertiges
et ronge les cerveaux mieux qu'un bec de vautour.

Et c'est pourquoi, vaincu par la coquetterie
de ta forme divine et de tes noirs instincts,
en toi j'adore, enfant des sinistres destins,
l'Horreur fascinatrice et la Bizarrerie.







AMOR DE HOSPITAL

Oh Reina de Dolores, que sangrienta fulguras
como un regio rubí que da flámulas rojas,
el fórceps que en un tabuco te trajo un día al mundo
debió marcarte el pecho con algún signo obsceno.

En tus ojos que irradian un reflejo satánico
se agazapan los crímenes bajo un velo de fuego
lo mismo que en lo hondo de un cielo azul y plácido
entre vientos fragantes flota un virus sardónico.

Te hiciste celadora de hospital, oh mi hermana,
para mejor cebar tus miradas rapaces
con el cuadro asqueroso, cruel, lleno de júbilo,
de la carne sajada por el brutal cuchillo.

En ese hervor tan cárdeno y viscoso de vísceras,
de músculos cortados y tendones abiertos,
de nervios donde aún vibra como un ansia recóndita,
de glándulas partidas y fláccidas arterias,

hundes tú tus dos brazos elegantes, muy ávidos,
mientras tiembla en tus labios como un pasmo divino,
y que desde su lecho, donde suben las fiebres,
te llama el moribundo con palabras dulcísimas.

Porque tu rostro, puro como un mármol, te otorga,
bajo tu blanca cofia y tu mantón de sombra,
oh virgen de alma hurona, virgen del bisturí,
el resplandor sereno de toda una Madona.

En tu pecho, estiletes, tenacillas, tijeras,
la espátula y la sierra equívoca y las sondas
terroríficas joyas, dijes de aspecto inmundo,
como un collar de acero sus manojos despliegan.
    
Tus dedos que han hurgado en el pus y en las llagas,
ya han tomado ese aspecto de filoso escalpelo;
y el olor de tu cuerpo suave a veces recuerda
la rancia podredumbre con la que tú disfrutas.
    
Porque tu alma de monstruo enloquece de júbilo
con esos tristes lechos donde expira el enfermo
y con sus convulsiones en la danza macabra,

pues para ti la Muerte tiene chuscas bellezas.

¿Quién podría explicarnos aberración tan lúgubre,
pobre mujer, producto de este siglo corrupto?
Se dice que tus besos nublan la voluntad
y a los huesos transmiten una lenta gangrena.

Mas de tu alma de macho brota un amor muy fuerte.
Como un vino soberbio, lleno de rojos brillos,
su rico olor a sangre evoca esos desmayos
y muerde los cerebros más que un pico de buitre.

Y por eso, vencido por la coquetería
de tu forma divina y tus negros instintos,
en ti venero, oh hija de siniestros Destinos,
lo que tienes de Extraño y de Horror que fascina.








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