sábado, 14 de noviembre de 2015

CAROLE DAVID [17.493] Poeta de Canadá


Carole David

Carole David nació en Montréal Canadá en 1954. Poeta, novelista y escritora de relatos. Tiene un doctorado en estudios franceses. Durante varios años fue profesora del Cégep en Montreal. Además ha publicado diversos textos de crítica y de ficción en revistas culturales. Miembro del comité de redacción de la revista Spiral (1980 – 1982) y de la revista Estuaire (1993 – 1996), ha sido lectora en VLB ediciones (1979 – 1988).

También ha sido miembro del Comité sobre las prácticas comerciales en el mundo del libro (1999-2000) como representante de la Unión de escritores y de los escritores quebequenses. Fue miembro de la Comisión del derecho de prestamos públicos (2004-2006). En Mayo de 2008 fue la primera escritora que formó parte del nuevo proyecto de la escuela de Escritores elaborado por el Consejo de las artes de Montreal en gira, con la colaboración del distrito de Ahuntsic-Cartierville y la Unión de escritores quebequenses. Se instaló en la biblioteca de Ahuntsic.

Publicaciones:

Terroristes d'amour - suivi de, Journal d'une fiction. Éditions VLB, Montréal 1986
L'endroit où se trouve ton âme - Relatos Les Herbes rouges (Collection)
Éditions Les Herbes rouges, Montréal 1991
Feu vers l'est - poesía Éditions Gaz moutarde, Montréal 1991
Impala - Novela Éditions Les Herbes rouges, Montréal 1994
Abandons - Poesía Éditions Les Herbes rouges, Montréal 1996
La maison d'Ophélie - Poesía Éditions Les Herbes rouges, Montréal 1998
Histoires saintes - Relatos Éditions Les Herbes rouges, Montréal 2001
Averses et réglisses noires Éditions La Courte échelle, Montréal 2003
Terroristes d'amour - suivi de l'Endroit où se trouve ton âme Éditions Les Herbes rouges, Montréal 2003
Terra vecchia Éditions Les Herbes rouges, Montréal 2005


Las poetas beben martini.

A Ann Sexton y Silvia Plath

Sylvia y Ann beben martini en el bar de un hotel en Boston.
Sus vestidos con motivos sedosos se envuelven alrededor de sus dedos;
se preguntan si deben ser acosadas por la vajilla

y las sábanas para escribir poemas en los objetos
que vuelan entre el verso y la prosa, aterrizan
en los muros de la cocina y se estrellan en el corazón

imágenes o frases declinadas durante sus años
de aprendizaje. Las dos mujeres, advertidas amas de casa
escriben en los botes de macarrones, las mezclas de las tartas,

Betty Crocker es una musa, espátula en mano, ella
escandaliza la medida de sus gritos ahogados en la despensa
de la cocina. Las puertas del armario rechinan, el lavatorio aúlla

los desperdicios acumulados por la familia. Sylvia y Anne beben
martinis, sus cabezas están pesadas, el trabajo se acumula
desde la salida de sus casas. Escucho sus conversaciones

crueles e inevitables, estoy detrás de ellas, subyugada por
la maestría de sus palabras y su arte de amas de casa, emocionada me inclino
delante de sus voces. No abriré la llave del gas de la cocina.

Versión al español María Germana Matta




Les Poètes boivent des martinis

Pour saluer Ann Sexton et Sylvia Plath

Sylvia et Ann boivent des martinis dans le bar d’un hôtel à Boston.
Leurs robes aux motifs soyeux s’enroulent autour de leurs doigts;
elles se demandent s’il faut être hanté par la vaisselle

et les draps pour écrire des poèmes dans lesquels
les objets volent entre vers et prose, atterrissent
sur les murs de la cuisine et se fracassent au cœur

des images ou des phrases déclinées durant leurs années
d’apprentissage. Les deux femmes, ménagères averties,
écrivent sur les boîtes de macaronis, les mélanges à gâteau;

Betty Crocker est une muse, spatule à la main, elle
scande la mesure de leurs cris étouffés dans le garde-manger
de la cuisine. Les portes d’armoire claquent, le lavabo hurle

ses déchets accumulés par la famille. Sylvia et Anne boivent
des martinis, leur tête est lourde, le travail s’accumule
depuis leur départ de la maison. J’écoute leur conversation

cruelle et fatale, je suis derrière elles, subjuguée par
leur maîtrise des mots et de l’art ménager; émue je m’incline
devant leurs voix. Je n’ouvrirai pas le gaz de la cuisinière.




Trois jours de pèlerinage

Dans ce quartier, les femmes fourrures ramassent 
des fruits qui pourrissent dans leur poches,
alcool de poissons et de verdure, odeur de loutre à la commissure des
                                                                                                       lèvres.

Minuit, pleine de rage, je parcours les allées du marché.
Il n’y a ni carrosse ni citrouille ni cowboys sur leurs grands chevaux
pour me redonner vie (Sam Shepard a disparu).

Au loin les panneaux lumineux orientent mon sommeil ;
reliée par un tube à l’existence, je respire sur les vers d’Alda Merini,
son jardin est le mien, sa réclusion, ma joie.

J’habite un deux pièces, sur le haut d’une montagne à pèlerinage.
Pour entrer dans la cour, il faut faire une suite de chiffres magiques :
Deuxième guerre mondiale, Révolution française, guerre d’Algérie.

Le soir, avant de monter, j’enjambe les masques à gaz,
les veuves déchiquetées, les enfants en arrêt respiratoire,
mon oncle a survolé ce ciel, il en est mort.

Le jour, je discute avec des polyglottes ;
nous cherchons dans nos poèmes, des pruniers sans fruits,
des Chinoises prisonnières de grains de riz ;

Les vers tombent un à un  dans le fracas
comme dans un salon de quilles, un dimanche après-midi.

3.25 $ par partie pour une personne
17 $ l’heure pour une allée

le matin, avant de me mettre à table
je demande à Alda si mon corps
est à la hauteur de la poésie, elle me répond :

«Je voulais être diaphane, douce et pâle, peut-être était-ce là le piège.»

À la troisième rencontre, un poète pleure.
Il n’entend pas sa voix résonner dans la nôtre ;
chacun parle les yeux rivés au sol.

Je me remets à la traduction  20 sous le mot pour la poésie
Alda me sourit et me protège
l’esprit de la langue m’a abandonnée

«Cette femme préfère prononcer les mots au lieu de leur donner naissance.»

La poète a raison : je lis sans comprendre,
un exercice humiliant qui me rappelle les ébats
d’une femme, les chevilles attachées aux poignets

(comment écrire à quatre pattes ?)

seulement la langue dans l’exiguité de la pièce
A. refait surface, crayons dans la bouche ;
elle me demande de les tailler.

Le dernier soir, je porte ma tête de nageoires après avoir baisé un requin
sur un étal de Montmartre (j’ai abandonné le poème).

Sa langue était russe, son membre se désagrégeait entre mes mains.  
                                                              Après je suis retournée poussière.

Tout est révélation : plumes, moussons, cheveux en croûte ;
qui voudrait me porter en terre à la fois légère et piquée d’acariens ?

Si je reviens , je veux voyager avec des âmes à bout de bras
tirées par des cercueils de verre.



Le roman de la pelouse

En hommage à Richard Brautigan

Depuis l’enfance, la psychologie des arbres, les tiges sur son cœur rongées par les insectes. Elle aime le sang 
vert de la pelouse fraîchement coupée, ses monstres chimiques liquéfiés. La noyade interdite, les pissenlits 
mangés par leurs racines, des paroles de condamnés lui montent à la tête. Elle boit l’eau à même le tuyau 
d’arrosage. Une queue de tigre, un serpent sans écaille s’enfonce dans sa gorge.

Le printemps éveille tous les sens.

Dans le deuxième chapitre, sa mère, corps lacéré dans son maillot de bain Jantzen, s’allonge avec ses yeux de 
chat. Encore le gazon, un lit d’épines, celui d’une sainte qui avorte sous le balcon sans reconnaître son enfant.

La pelouse est un mal nécessaire. L’homme s’appuie sur la tondeuse, le ventre lourd sur le sac d’immondices, il
respire l’essence brûlée et rêve aux jeunes filles asiatiques laissées en plan sur l’écran de veille.

La tondeuse n’a pas de sexe. Elle va et vient dans le cerveau de son propriétaire. Un homme anonyme qui se
croit immortel. Ses poils sont drus, ses doigts malhabiles. Si la mécanique lui échappe, il en veut au ciel et à
l’éternité.

Sa queue à vif dans les corolles des pâquerettes annonce l’arrivée de l’été.

Le dénouement n’étonne en rien. La jeune fille fait de la pelouse un sujet étonnant. Penchée sur ses livres, elle
imagine la cour avec ses cocktails servis pendant les anniversaires, tourbillons, amours naissants d’adolescents
sur le mobilier de jonc;  dérives nocturnes sous les arbres, herbes folles et défendues.

Les dames de la pelouse la visitent en rêve. Déesses chevauchant des flamands roses sur le parterre; lièvres,
mouffettes et marmottes, animaux de banlieue devenus complices de cette jeune fille en fleurs.

L’harmonie règne.

La conclusion émeut, la fin d’une époque. Son père met la tondeuse au rancart et fait recouvrir le sol d’un tapis
vert synthétique, simulacre parfait de ce que sera la vie familiale à l’avenir.



Leçon de violence

Spacca la Melangrana - Jolanda Insana

La grenade occupe le centre de la table
Je pourrais l’ouvrir et me tacher les doigts,
la fendre comme l’ordonne la poète,
la lancer contre le mur (une rupture mystérieuse
entre la langue et l’écorce), la plonger dans l’eau,
la sacrifier en silence, la dévorer.
Je pourrais sortir de la salle, me fracasser la tête.

Elle s’ouvrirait comme un fruit
En bouquets attachés sur mes cheveux.




Maria Goretti
Sainte et poignardée

«Je te pardonne»  

Ton visage m’apparaît dans un duplex 
de St-Léonard au milieu des lampions allumés.
Jeune vierge figée dans la cire; une gerbe de lys

camoufle les blessures 
de tes quatorze coups de couteau, 
corset floral qui transforme
ta douleur en jouissance, ton désir en rage.

Les voisins t’ont offert une Bible, une couronne 
et une robe de communiante, la semaine
précédant tes fiançailles noires;

j’ai cousu ton image sur ma poitrine, quelque
part sous ma guêpière couverte de sang.





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